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Elections : Twitter, cet arbre qui cache la foret

Une nouvelle aventure pour Roxane Comany : le livetweet des résultats de l’élection régionale depuis les locaux d’OpinionWay.

Publier les résultats d’une élection avant la clôture des bureaux de vote est un délit passible d’une amende de 75 000 €. Pourtant, dimanche dernier, la barrière fut allègrement franchie et notre dispositif législatif a montré toute sa porosité. Contrairement à ce qui fut dit, Twitter ne fut pas le catalyseur de cette transgression, mais plutôt le révélateur d’une réalité nouvelle.

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Livetweet chez OpinionWay et TF1

Fidèle à sa culture d’innovation, OpinionWay nous a confié, à Marion et moi-même, le soin de mener une session de livetweet lors du premier tour des Régionales. Assistant ainsi à la remontée des résultats au sein de leur Q.G., puis chez TF1, nous avons pu vivre cette journée minute par minute et reporter par brèves de 140 caractères l’ambiance et l’envers du décor.
Peu après 18h00, de premiers chiffres ont circulé sur Twitter. Jean-Jacques Bourdin, de RMC a tiré le premier en twittant des infos tirées du Soir, quotidien belge. Un millier de twitterers lui auraient emboîté le pas. D’autres, plus elliptiques se sont contentés de messages comme « la fleur passerait juste devant l’arbre », référence à peine voilée aux symboles des deux grands partis politiques de France.

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Egalité de l’accès à l’information

Le point implicitement dénoncé par ces « fraudeurs » rejoint la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, laquelle énonce que « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».
Or le code électoral français autorise certes à collecter et consolider les données des bureaux de vote dès 18h00, mais… à n’en rien publier avant 20h00. Dès lors, pourquoi maintenir ce cloisonnement si quelques happy fews détiennent les résultats avant l’heure et que les informations sont disponibles à l’étranger ?

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La faute à Internet ?

Le problème ne date pas d’hier. « En 1981 déjà, rappelle Bruno Jeanbart, DGA d’OpinionWay, les instituts disposaient de chiffres très fiables avant 20h00 ». A l’époque évidemment, le processus était parfaitement sous contrôle et les télévisions régnaient en maîtres sur l’effet d’annonce. Mais aujourd’hui, le cocktail « téléphone mobile + sites internet étrangers + Twitter » crée incontestablement une situation nouvelle. La Loi apparaît ainsi en décalage avec les usages et pratiques du jour.

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Evolution de la loi ou de la procédure électorale ?

Pour autant, l’esprit de la loi vise à préserver l’indépendance de jugement des votants, point crucial en cas d’élections serrées. Comme l’a souligné Vincent Glad, journaliste à Slate.fr, « un candidat qui perdrait l’élection de peu pourra contester au motif que les résultats étaient publiés à 18h sur Twitter ». Abroger la loi, et plus encore la supprimer comme le suggèrent certains, ne constitue donc pas LA solution.
Or les instituts de sondage exploitent les données des bureaux fermant à 18h00 (environ 85 % des bureaux en France) pour donner dès 18h45 une image très précise des résultats. En Ile de France et dans certaines grandes villes les bureaux restent ouverts jusqu’à 20h00. Il est dès lors permis de penser qu’une même heure de fermeture imposée à tous réduirait ces conjectures et ces rumeurs.
Avant l’heure, les instituts ne disposeraient alors plus que des sondages à la sortie des urnes. Ces sondages continueraient certes à circuler avant 20h00 sur Twitter, mais ceux-ci sont bien moins précis que l’estimation des résultats.
En revanche, les résultats eux-mêmes seraient livrés aux télévisions, premiers clients des instituts, peu ou prou au même moment. Annoncés immédiatement par ces dernières, ils ne pourraient plus dès lors circuler sur Internet.
Ainsi, nous semble-t-il, l’harmonisation des heures de fermeture des bureaux combinée à une extension encadrée de la loi autorisant à publier dans la journée les sondages à la sortie des urnes permettrait de clarifier la situation vécue dimanche dernier.
Nous perdrions certes une part de l’indépendance de jugement des votants, mais celle-ci nous semble, de fait, largement entamée. En revanche, nous gagnerions le libre et égal à accès de tous à l’information.

par le 17 mars 2010

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